Alors que la fatigue est un phénomène physiologique normal que chaque individu en bonne santé peut ressentir à un moment donné, celle liée à la sclérose en plaques se démarque par sa fréquence et son intensité. Il s’agit d’un symptôme courant et particulièrement invalidant de la maladie, ayant un impact sur la qualité de vie du patient. Une prise en soins adaptée permet cependant de mieux vivre avec ce trouble invisible.

La sclérose en plaques (SEP) est une maladie inflammatoire chronique et neurodégénérative du système nerveux central (c’est-à-dire le cerveau, la moelle épinière et les nerfs optiques) qui perturbe la communication entre le cerveau et le reste du corps.
Ce dysfonctionnement provient de la détérioration de la gaine de myéline (qui entoure les fibres nerveuses) par le système immunitaire, qui, comme pour toute maladie auto-immune, attaque par erreur les cellules saines de l’organisme.
La SEP débute en moyenne autour de 25-35 ans, même si elle peut se déclarer à tout âge, et touche près de 140 000 personnes en France.
Elle s’exprime par des symptômes neurologiques variés selon l’emplacement des lésions de la SEP (troubles moteurs, troubles de l’équilibre, fourmillements, troubles visuels, urinaires…). La fatigue, trouble invisible de la maladie, fait partie de ces symptômes.
La fatigue touche entre 75 % et 95 % des personnes atteintes d’une sclérose en plaques à un moment ou à un autre dans l’histoire de leur maladie, et jusqu’à 80 % des patients considèrent ce symptôme comme le plus invalidant de la SEP.
Cette fatigue peut être permanente ou évoluer par à-coups. Elle est souvent décrite comme survenant dès le matin au réveil et s’aggravant en cours de journée lors de la pratique d’activités (parfois même minimes). Elle peut survenir sans explication ou être déclenchée par différents facteurs.
Bien que la fatigue puisse être ressentie à tous les stades d’évolution de la maladie, elle apparaît souvent de façon précoce, voire avant même tout autre symptôme.
La fatigue (dont le terme médical est asthénie) est la perte subjective d’énergie physique et/ou mentale perçue par l’individu, ou l’entourage, décrite comme interférant avec ses activités habituelles et souhaitées, tandis que la fatigabilité correspond à une diminution anormalement rapide des capacités fonctionnelles physiques au cours d’un effort, parfois même peu important.
Tout d’abord, il est nécessaire de différencier la fatigue liée à la sclérose en plaques de la fatigue habituelle et transitoire que les personnes en bonne santé peuvent ressentir en dehors de toute pathologie (lors de la pratique d’activités intenses ou en cas de manque de sommeil, par exemple). En effet, chez les personnes atteintes de la SEP, la fatigue :
« Je suis fatigué d’être fatigué. On se couche fatigué et malgré une bonne nuit de sommeil, on se réveille fatigué. » Laurent, 48 ans
La fatigue liée à la SEP peut s’exprimer :
La fatigue primaire est due à la maladie elle-même.
Elle prend son origine dans la maladie et est par nature multifactorielle. Elle correspond au dysfonctionnement du système immunitaire au sein du système nerveux central.
Cette fatigue est possiblement en lien avec l’activation du système inflammatoire, l’atteinte du système nerveux, des facteurs endocriniens et avec le système nerveux autonome.
En effet, les travaux scientifiques mettent en avant plusieurs mécanismes probablement intriqués. On peut souligner le rôle :
Ces dysfonctions entraînent :
La fatigue secondaire, quant à elle, est provoquée par des facteurs extérieurs qui l’accentuent. Ceux-ci peuvent être reliés à la sclérose en plaques mais pourraient également s’exprimer sans la SEP.
Il s’agit notamment :
Tout d’abord, il est nécessaire de différencier la fatigue liée à la sclérose en plaques de la fatigue habituelle et transitoire que les personnes en bonne santé peuvent ressentir en dehors de toute pathologie (lors de la pratique d’activités intenses ou en cas de manque de sommeil, par exemple). En effet, chez les personnes atteintes de la SEP, la fatigue :
Il est donc très important de décrire la fatigue ressentie à son entourage (familial, amical et/ou professionnel), d’exprimer son intensité, les moments de la journée où elle est plus présente ou au contraire les périodes où certaines tâches sont plus faciles à réaliser (parce que la fatigue est moindre).
Il peut être également conseillé d’impliquer les proches aidants en leur laissant l’occasion de participer à des moments d’information (consultation, réunion de patients ou grand public, documents disponibles sur le sujet) et en leur déléguant des tâches du quotidien après en avoir discuté avec eux.
La fatigue étant un symptôme complexe et multifactoriel, il est nécessaire dans un premier temps de l’évaluer de façon aussi précise que possible.
Les professionnels de santé et les scientifiques ont ainsi à leur disposition différents outils pour permettre aux patients d’évaluer subjectivement leur état de fatigue et ses conséquences sur leur vie quotidienne (impact sur leur vie familiale, sociale et professionnelle mais aussi au niveau émotionnel).
Cette évaluation repose essentiellement sur des auto-questionnaires, mais d’autres outils existent et seront utilisés pour répondre à des besoins ou circonstances particulières, par exemple dans une situation de recherche clinique.
Parfois, en vue d’une évaluation plus objective, notamment pour mesurer la fatigabilité, des épreuves physiques ou cognitives peuvent être proposées.
Le traitement de la fatigue se fait en trois étapes successives :
Les interventions non médicamenteuses figurent au premier plan dans la limitation de l’effet de la fatigue sur les activités de la vie quotidienne.
Les approches non médicamenteuses de gestion de la fatigue sont généralement multidisciplinaires et incluent des médecins de médecine physique et rééducation (MPR), médecins du sport, professeur·es en activité physique adaptée (APA), neurologues, psychologues clinicien·nes, neuropsychologues et ergothérapeutes.
Elles peuvent prendre des formes diverses :
« L’activité physique me permet de relativiser les effets de la fatigue mais des pauses sont nécessaires. Le stage de rééducation fonctionnelle m’aide à repousser le seuil de fatigabilité même si, le soir, le canapé est mon meilleur ami. » Richard, 39 ans
Il peut être intéressant d'illustrer son niveau d'énergie par des métaphores, afin de reconnaître l'intensité de sa fatigue (pour soi mais aussi pour les autres).
Exemples :
En cas de « feu vert » / « solde positif » / « charge optimale », le niveau d’énergie est adéquat, vous pouvez poursuivre vos activités quotidiennes.
Le stade suivant nécessite de préserver votre réserve d’énergie et de ralentir vos activités.
Enfin, la dernière étape montre que votre niveau d’énergie est « à plat » : vous devez vous arrêter et vous reposer avant de pouvoir repartir et poursuivre vos activités
Afin de conserver son énergie et de composer au mieux avec la fatigue, plusieurs actions ou modifications concernant ses habitudes quotidiennes peuvent être appliquées :
Conclusion
La fatigue, dont les origines sont très diverses, est l’un des symptômes qui engendre le plus de situations de handicap. Il est donc important d’en parler à vos médecins qui pourront l’identifier et l’évaluer, et vous proposer un programme multidisciplinaire avec un éventuel traitement médicamenteux – même si celui-ci reste limité.
Il est également important d’expliquer à votre entourage ce symptôme invisible, parfois mal compris.
Vous avez le pouvoir de changer les choses.