Pourquoi la sclérose en plaques touche-t-elle davantage les femmes que les hommes ? Quel rôle jouent les hormones, de la puberté à la ménopause, en passant par la grossesse ? Les données scientifiques récentes montrent que le sexe et l’exposition hormonale influencent à la fois le risque de développer une SEP et son évolution. Voici un état des lieux des connaissances actuelles.

actualitéPublié le 03 février 2026
La sclérose en plaques (SEP) est nettement plus fréquente chez les femmes, avec un ratio de trois femmes pour un hommes. Par ailleurs, une augmentation plus importante de l’incidence de la sclérose en plaques (nombre de nouveaux cas par an) a été observée chez les femmes dans les études réalisées depuis 2000.
Les différences liées au sexe dans la susceptibilité à la SEP et son évolution sont régulièrement rapportées comme résultant de facteurs génétiques, épigénétiques (facteurs modifiant l’expression des gènes sans changer la séquence ADN) et hormonaux.
La puberté semble être une période critique pour la susceptibilité à la maladie, car une ménarche (arrivée des premières menstruations) précoce a été associée à un risque accru de SEP et à un début plus précoce. Les changements hormonaux, tels qu’une augmentation des niveaux d’œstrogènes, pourraient expliquer l’augmentation spécifique au sexe féminin du risque de SEP après la puberté. Dans la SEP à début pédiatrique, les garçons et les filles sont touchés autant les uns que les autres avant la puberté, le ratio femmes/hommes augmentant après la puberté.
L’évaluation de l’utilisation des contraceptifs hormonaux comme facteur de risque pour le développement de la SEP a donné des résultats contradictoires dans de grandes cohortes, montrant soit un risque réduit, soit aucune association, soit un risque accru, en relation avec la durée plus longue et l’âge plus précoce au début de la contraception. Des recherches supplémentaires sont nécessaires avant de pouvoir tirer une quelconque conclusion.
L’occupation professionnelle a également été montrée comme influençant le risque de SEP, avec les travailleurs agricoles et offshore, les coiffeurs et les travailleurs exposés à des fumées toxiques, pesticides et champs magnétiques basse fréquence étant associés à un risque accru de SEP.
Dans la SEP pédiatrique, le fait d’avoir un père exerçant une profession liée au jardinage ou toute utilisation de pesticides à base de plantes depuis trois mois avant la grossesse jusqu’à la première année de vie a été associé à un risque accru de SEP pédiatrique, après ajustement pour l’âge, le sexe, la race et l’ethnicité.
Dans la SEP, les hormones sexuelles influencent fortement à la fois la régulation immunitaire et la neuroprotection. Les œstrogènes ont des effets dépendants de la dose : de faibles niveaux d’estradiol peuvent promouvoir l’inflammation, tandis que des niveaux plus élevés peuvent favoriser une activité anti-inflammatoire. La progestérone exerce de manière similaire une activité anti-inflammatoire. Au-delà de l’immuno-modulation, les œstrogènes, la progestérone et la testostérone contribuent tous à la neuroprotection et à la remyélinisation dans le système nerveux central.
Le taux de poussées diminue nettement pendant la grossesse, en particulier au troisième trimestre (avec des réductions allant jusqu’à 70 %), suivies dans un 1/3 des cas d’un rebond au postpartum, période pendant laquelle l’IRM montre souvent une activité inflammatoire accrue. Certaines études ont suggéré un effet protecteur de la grossesse sur la progression du handicap à long terme. Les changements hormonaux pendant la grossesse, en particulier l’augmentation des niveaux d’estriol et de progestérone, et la baisse hormonale post-partum sont probablement les principaux contributeurs aux changements spécifiques dans l’accumulation du handicap : pendant la grossesse, le système immunitaire passe d’un profil pro-inflammatoire à un profil anti-inflammatoire afin de conférer une tolérance immunitaire envers le fœtus.
L’allaitement, en particulier l’allaitement exclusif, a été associé à un risque réduit de poussées du post-partum chez les femmes atteintes de SEP, bien que toutes les études n’aient pas confirmé cette association. Ceci serait dû aux changements hormonaux associés à l’allaitement qui entraine une diminution d’une cytokine pro-inflammatoire. Un retour précoce des règles a été associé à un risque plus élevé de poussées au cours des six premiers mois du post-partum.
La ménopause a été associée à une légère aggravation de la maladie et à une perte de matière grise plus importante dans la plupart des études, probablement liée à la diminution des niveaux d’œstrogènes. Les changements liés à la ménopause peuvent entrainer un taux de poussées plus faible, une progression plus importante du handicap et une neurodégénérescence, c’est-à-dire à un profil similaire à celui des hommes. La thérapie hormonale substitutive (THS) sur le contrôle des symptômes de la ménopause et la prévention des fractures est bien établi, mais son bénéfice sur les aspects cliniques spécifiques de la SEP (aggravation du score de handicap - EDSS, nouvelles lésions à l’IRM, etc.) est plus controversé, les symptômes de la SEP et de la ménopause pouvant être confondus (troubles cognitifs, de l’humeur, du sommeil et de la fonction vésicale), rendant difficile la distinction entre troubles liés à la ménopause, à l’âge ou spécifiques à la SEP.
Concernant la procréation médicalement assistée, des données récentes n’ont montré aucun risque accru de rechute après une fécondation in vitro (FIV), ni avec les agonistes ni avec les antagonistes de GnRH. Le maintien des traitements modificateurs de la maladie jusqu’à la FIV étant un facteur déterminant dans la réduction du risque de rechute.
Les contraceptifs oraux ne semblent pas affecter négativement le pronostic à long terme de la maladie. En effet, l’utilisation de contraceptifs oraux avant le diagnostic de SEP a été associée à un risque de progression réduit de 26 %, indépendamment de l’activité des poussées, et à un retard d’environ 2,5 ans avant le premier événement. Les utilisatrices de contraceptifs oraux présenteraient un handicap physique et cognitif (EDSS, MSSS) plus faible et un risque plus faible de conversion en SEP secondairement progressives que les non-utilisatrices. Une tendance vers une activité inflammatoire IRM moindre a été observée pour les contraceptifs oraux continus par rapport aux contraceptifs oraux cycliques.
Chez les hommes, le statut hormonal semble également influencer le cours de la maladie : de faibles niveaux sériques de testostérone ont été rapportés chez les hommes atteints de SEP et ont été associés à un handicap physique et cognitif plus important.
Les données scientifiques récentes mettent en évidence le rôle central des hormones et des différences liées au sexe dans la susceptibilité à la sclérose en plaques et dans son évolution au cours de la vie. Mieux comprendre ces mécanismes permet d’affiner la recherche, d’adapter le suivi des personnes concernées et d’ouvrir de nouvelles perspectives pour une prise en charge toujours plus personnalisée.
Derrière chaque sclérose en plaques, il y a une histoire. Patients, patientes et professionnels de santé témoignent ici de leur vécu avec la sclérose en plaques : des parcours sincères, des défis, mais aussi de l’espoir.
J’ai été diagnostiquée de la SEP à 23 ans. tout s’est un peu effondré au début, mais aujourd'hui, avec les traitements et un bon suivi, je vis quasi normalement. La maladie m’a appris à mieux écouter mon corps, à ralentir quand il le faut, et à savourer les moments où tout va bien. Je refuse de laisser la SEP définir qui je suis.
Emma
Patiente
Apprendre que j’avais une forme progressive a été un bouleversement. Ce n’est pas facile de voir mon quotidien changer petit à petit, mais j’ai appris à réinventer ma façon de vivre. Je me suis entouré d’un réseau solide, et je trouve du réconfort dans les petits progrès. Il y a des jours difficiles, bien sûr, mais je continue d’avancer, à mon rythme.
Stéphane
Patient
Être neurologue, c’est bien plus que poser un diagnostic à mes patients.
C’est les accompagner, les rassurer, les écouter.
Mon rôle, c’est d’être là, pour eux, à chaque étape.
Parce que la sclérose en plaques ne se combat pas seul : on avance ensemble, patients et soignants, avec confiance, énergie et espoir.
Renaud
Neurologue