Comment mieux visualiser et comprendre l’atteinte de la moelle épinière dans la sclérose en plaques ? Réunis à Paris le 6 février 2026 pour le 21ᵉ congrès annuel international d’IRM de France Sclérose en Plaques, des experts internationaux ont présenté des avancées majeures en imagerie, porteuses d’espoir pour le diagnostic et le suivi des patients.

actualitéPublié le 06 février 2026
Le 21e congrès annuel international dédié à l’imagerie par résonance magnétique de France Sclérose en Plaques s’est tenu le vendredi 6 février 2026 à Paris.
La thématique de cette année était consacrée aux avancées de l’imagerie de la moelle épinière dans la SEP. Huit experts internationaux (Suisse, Canada, Allemagne, France) sont venus partager leurs derniers travaux et échanger avec la communauté des chercheurs et cliniciens.
Le Pr. Tsagkas a présenté les résultats d’une étude fondamentale réalisée sur des échantillons anatomo-pathologiques. Cette étude comparait les images IRM acquises à très haute résolution avec les aimants précliniques aux données histopathologiques de ces échantillons montrant que certaines techniques IRM permettaient de détecter et surtout différencier les différents types de lésions présentes dans la moelle épinière.
Le Dr. Callot (Aix Marseille Université, France) a ensuite démontré l’apport des explorations de la moelle épinière in vivo réalisée avec une IRM à ultra haut champ magnétique (7T) par rapport aux IRM classiques (1,5T et 3T). Ainsi, au niveau de la moelle épinière cervicale, l’utilisation d’une IRM à 7T permet de caractériser les différents types de lésions dans la substance blanche (SB) et la substance grise (SG), l’atrophie de ces deux compartiments ainsi que l’élargissement du canal central. Sans atteindre la précision observée sur les pièces anatomopathologiques avec les aimants précliniques, l’IRM in vivo à 7T au niveau cervical apparaît prometteuse pour l’amélioration de la sensibilité et de la spécificité de détection des différents processus pathophysiologiques de la SEP. Néanmoins, l’exploration thoracique et lombaire de la moelle épinière à 7T reste limitée en raison de l’absence de capteurs (antennes radiofréquences) mis à disposition par les constructeurs.
Le Pr Kerbrat et le Dr Combès (Université de Rennes, France) ont présenté l’avancée des connaissances et les résultats des études utilisant les différentes méthodes d’IRM quantitative (morphométrie, relaxométrie, diffusion, transfert d’aimantation, QSM…) pour caractériser la moelle épinière de patients souffrant de la SEP. Ainsi, le caractère pronostique de ces paramètres sur la progression du déficit clinique a été abordé ainsi que la capacité de ces paramètres à évaluer les processus de réparation ou de progression de dommage tissulaire.
Le Pr Cohen-Adad (Polytechnique, Montréal, Canada)a expliqué l’écosystème qu’il a élaboré pour pouvoir réaliser des études IRM multicentriques centrées sur la caractérisation de la moelle épinière, à l’instar des protocoles d’IRM cérébrale utilisés comme critère principal de plusieurs protocoles pharmaceutiques. Il a ainsi présenté un protocole d’IRM spinale "générique" adaptable à l’ensemble des différents constructeurs, une harmonisation de l’organisation des bases de données permettant ensuite de réaliser des analyses automatisées et reproductibles pour des études multicentriques et longitudinales.
Le Dr Van der Weijden (Université de Groningen, Pays-Bas) a montré qu’il était possible, avec la tomographie par émission de positon (TEP) de dernière génération, de visualiser le métabolisme de la moelle épinière. Ceci ouvre des perspectives intéressantes pour l’imagerie de la myéline ou de l’inflammation par différents radiotraceurs.
Le Dr Landelle (McGill University, Montréal, Canada), a quant à elle, présenté ses résultats d’IRM fonctionnelle de la moelle épinière observés lors de tâches motrices.
Cette technique permet dorénavant d’observer les profils d’activation de cette structure jusqu’à présent non explorée et de les corréler avec les déficits moteurs des patients. De plus, de nouvelles techniques d’acquisition IRM et de traitement d’images permettent d’observer simultanément l’activité cérébrale et spinale. Il est ainsi possible de caractériser les réseaux fonctionnels de l’ensemble du système nerveux central (cerveau + moelle).
Le Pr Mühlau (Munich Center for Neurosciences, Allemagne) a présenté ses travaux sur l’utilisation de l’IRM morphométrique de la moelle épinière pour l’étude de la progression de la maladie. Il a ainsi démontré la sensibilité de cette technique mais également l’importance de l’automatisation de ces mesures et la prise en compte de l’inflammation pour la reproductibilité et la fiabilité des résultats.
Le Dr Bapst (APHP, Paris) a montré l’intérêt majeur d’une nouvelle séquence IRM (MP2RAGE) pour l’exploration clinique de la moelle épinière. L’apport de cette nouvelle séquence est à considérer dans le contexte des nouveaux critères diagnostiques élaborés par la communauté en 2024.
En fin de journée, une table ronde animée par le Pr Stankoff (APHP, Paris) a permis de faire le point sur les difficultés de transfert de ces nouvelles techniques de recherche à la pratique clinique quotidienne.
Ce congrès fut un évènement de haute qualité, avec des échanges constructifs, soulignant le rôle croissant de l’IRM dans le suivi de la maladie.
Par le Pr Jean-Philippe RANJEVA (Marseille)
Membre du CMS de France Sclérose en Plaques
À l’occasion de ce 21e workshop organisé par France Sclérose en Plaques, deux prix ont été décernés afin de distinguer la qualité des travaux présentés par de jeunes chercheurs :
Nolwenn Jegou (Rennes) et Nilser Laines Medina (Marseille)
Leurs recherches portent sur l’utilisation des techniques d’imagerie de pointe pour analyser avec une grande précision les dommages causés par la sclérose en plaques au niveau de la moelle épinière.
Leurs travaux contribuent à mieux comprendre les mécanismes de la maladie et ses conséquences cliniques chez les patients atteints de sclérose en plaques.
Ces distinctions soulignent l’engagement et l’excellence de la nouvelle génération de chercheurs mobilisés dans la lutte contre la sclérose en plaques.
Remerciements :
France Sclérose en Plaques remercie également chaleureusement ses partenaires institutionnels : Biogen, Juvisé et Roche pour leur soutien et leur engagement durant cette journée exceptionnelle.
Derrière chaque sclérose en plaques, il y a une histoire. Patients, patientes et professionnels de santé témoignent ici de leur vécu avec la sclérose en plaques : des parcours sincères, des défis, mais aussi de l’espoir.
J’ai été diagnostiquée de la SEP à 23 ans. tout s’est un peu effondré au début, mais aujourd'hui, avec les traitements et un bon suivi, je vis quasi normalement. La maladie m’a appris à mieux écouter mon corps, à ralentir quand il le faut, et à savourer les moments où tout va bien. Je refuse de laisser la SEP définir qui je suis.
Emma
Patiente
Apprendre que j’avais une forme progressive a été un bouleversement. Ce n’est pas facile de voir mon quotidien changer petit à petit, mais j’ai appris à réinventer ma façon de vivre. Je me suis entouré d’un réseau solide, et je trouve du réconfort dans les petits progrès. Il y a des jours difficiles, bien sûr, mais je continue d’avancer, à mon rythme.
Stéphane
Patient
Être neurologue, c’est bien plus que poser un diagnostic à mes patients.
C’est les accompagner, les rassurer, les écouter.
Mon rôle, c’est d’être là, pour eux, à chaque étape.
Parce que la sclérose en plaques ne se combat pas seul : on avance ensemble, patients et soignants, avec confiance, énergie et espoir.
Renaud
Neurologue